Vendre un appartement loué : décote, procédure et alternatives
Faut-il donner congé au locataire avant de vendre, ou vendre occupé ? Le calcul est moins évident qu'il n'y paraît, et la réponse dépend surtout du temps dont vous disposez.

C’est l’une des questions les plus fréquentes chez les propriétaires bailleurs : « je veux vendre, dois-je d’abord récupérer l’appartement ? ». L’intuition dit oui, un logement vide se vend mieux. Le calcul complet, lui, donne souvent la réponse inverse.
Pourquoi un bien occupé se vend moins cher
La raison tient à la structure de la demande. Sur le marché du Haut-Rhin, l’essentiel des acquéreurs achètent pour habiter. Un bail en cours les élimine d’office. Reste une minorité d’investisseurs, qui savent qu’ils sont peu nombreux et négocient en conséquence.
La décote constatée se situe couramment entre 10 et 20 %. Elle dépend de trois facteurs :
- La durée résiduelle du bail : plus l’échéance est lointaine, plus la décote est forte ;
- Le niveau du loyer : un loyer proche du marché atténue la décote, un loyer très inférieur l’aggrave ;
- Le profil du locataire : ancienneté, régularité des paiements, âge et ressources (un locataire protégé pèse lourd).
L’autre option : le congé pour vente
Pour récupérer le logement, il faut délivrer un congé pour vente au locataire. Les règles sont strictes :
- Location nue : préavis de six mois avant l’échéance du bail ;
- Location meublée : préavis de trois mois ;
- le congé doit être motivé et notifié dans les formes légales (préavis et formalités) ;
- en location nue, il vaut offre de vente au profit du locataire, qui dispose d’un droit de préemption.
Attention : vous ne pouvez délivrer congé qu’à l’échéance du bail, pas à n’importe quel moment. Si le bail a été renouvelé il y a huit mois, vous attendrez plus de deux ans.
Un locataire âgé de plus de 65 ans dont les ressources sont inférieures à un plafond réglementaire ne peut, en principe, pas recevoir congé sans qu’un relogement lui soit proposé dans certaines conditions. Dans ce cas, récupérer le logement devient très difficile.
Et s’il ne part pas ?
C’est le scénario que beaucoup de propriétaires sous-estiment. Si le locataire se maintient dans les lieux, il faut engager une procédure judiciaire : assignation, jugement, commandement de quitter les lieux, puis concours de la force publique si nécessaire.
Entre les délais d’audiencement, les éventuels délais de grâce accordés par le juge et la trêve hivernale (du 1er novembre au 31 mars), l’ensemble s’étale couramment sur douze à vingt-quatre mois. Pendant tout ce temps : frais d’avocat et de commissaire de justice, loyers souvent impayés, et bien immobilisé.
Le comparatif chiffré
Prenons un appartement mulhousien valant 130 000 € libre, loué 620 € par mois, bail échéant dans quatorze mois.
| Vendre occupé maintenant | Donner congé puis vendre libre | |
|---|---|---|
| Prix obtenu | ~ 110 000 € (décote 15 %) | ~ 130 000 € |
| Délai jusqu’à l’encaissement | Quelques semaines | 14 mois de bail + 6 mois de vente = 20 mois |
| Loyers perçus entre-temps | , | + 8 680 € (14 mois), puis 0 |
| Charges pendant la vacance | , | − 2 000 à 3 000 € |
| Risque de refus de départ | Nul | Réel : + 12 à 24 mois et frais de procédure |
| Net approximatif | ~ 110 000 € tout de suite | ~ 136 000 € dans 20 mois, si tout va bien |
L’écart existe, mais il est bien plus faible que la décote brute ne le laissait penser, et il repose entièrement sur l’hypothèse que le locataire parte sans difficulté. Si ce n’est pas le cas, le scénario « congé » devient nettement perdant.
Le cas des impayés
Quand le locataire ne paie plus, l’équation change complètement. Le propriétaire supporte les charges, la taxe foncière et, souvent, un crédit, sans aucune recette. Les frais de procédure s’accumulent, et la valeur du bien se dégrade à mesure que la situation s’enlise.
Dans ce cas, vendre occupé immédiatement est presque toujours la décision la plus rationnelle. Un acquéreur professionnel reprend le bien, le bail et la procédure en l’état. Voir notre page vendre un bien occupé ou loué.
Ce qui change pour le locataire
Rien. La vente n’a aucun effet sur le bail en cours : il se poursuit aux mêmes conditions avec le nouveau propriétaire. Le locataire est simplement informé du changement de bailleur et des coordonnées de paiement du loyer. Le dépôt de garantie est transféré entre vendeur et acquéreur lors de l’acte.
Vous n’avez donc ni conversation difficile à mener, ni congé à délivrer, ni délai à respecter.
Comment décider
- Vendez libre si le bail arrive à échéance sous peu, que le locataire est d’accord pour partir, et que vous n’êtes pas pressé.
- Vendez occupé si le bail court encore longtemps, si le locataire est protégé, s’il y a des impayés, ou si vous avez besoin de liquidités rapidement.
- Ne lancez jamais une procédure d’expulsion sans avoir chiffré l’alternative. C’est l’erreur la plus coûteuse que nous voyons.
Pour un avis chiffré sur votre situation, appelez le 03 89 35 31 31 ou demandez une estimation gratuite.
Questions fréquentes sur ce sujet
Quelle décote pour un appartement vendu occupé ?
Elle se situe couramment entre 10 et 20 % selon la durée résiduelle du bail, le niveau du loyer par rapport au marché et le profil du locataire. Elle peut être plus forte si le loyer est très inférieur au marché.
Quel préavis pour un congé pour vente ?
Six mois avant l'échéance du bail pour une location nue, trois mois pour une location meublée. Le congé doit être motivé et, en location nue, il ouvre au locataire un droit de préemption.
Le locataire a-t-il un droit de préemption ?
En cas de congé pour vente sur un logement loué nu, oui : il est prioritaire pour acheter aux conditions indiquées dans le congé. En revanche, une vente du bien occupé, sans congé, ne déclenche pas ce droit dans le cas général.